Contexte social et politique
Plusieurs pays de l’Afrique centrale connaissent des réformes institutionnelles et sont secoués par des contestations sociales dénonçant le coût de la vie élevé et le mode de gouvernance de l’État. Au Tchad, l’année écoulée a été marquée par une transition politique qui demeure fragile. Les tensions liées aux revendications salariales et aux conditions de vie difficiles sont bien présentes.
État de situation du dialogue social
Au Tchad, le dialogue social avec le gouvernement manque de régularité. Ce dernier tient bel et bien des consultations, mais c’est souvent en réaction à la tenue de grèves et de mobilisations. D’autre part, le Syndicat des enseignants du Tchad (SET) a entrepris des discussions visant à préciser les montants des indemnités devant être versées pour améliorer les conditions de vie et de travail des enseignantes et enseignants tchadiens. Les échanges se déroulent dans le cadre d’une commission tripartite composée des centrales syndicales, du gouvernement et du patronat. Les parties souhaitent signer un pacte social quinquennal, mais aucune entente officielle n’est encore intervenue.
Au niveau régional, les syndicats cherchent à institutionnaliser des cadres de concertation, mais le peu d’enthousiasme manifesté jusqu’à présent par les ministères complique la démarche.
Réformes éducatives en cours
Au Tchad, trois réformes majeures sont en cours. Mentionnons tout d’abord le Projet d’Amélioration des Résultats d’Apprentissage de l’Éducation de Base (PARAEB), qui se veut un programme national quinquennal (2023–2028). Financé par la Banque mondiale et le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) à hauteur de 150 millions de dollars, il vise à transformer l’enseignement primaire dans les 23 provinces du pays.
Pour sa part, le Programme de Refondation de l’École Tchadienne (PRET) est une vaste initiative nationale de réforme curriculaire et de transformation du système éducatif au Tchad, financée principalement par le Partenariat mondial pour l’éducation. Il vise à moderniser les pratiques enseignantes, réécrire les manuels et intégrer des enjeux comme les changements climatiques. Le SET surveille de près ce programme, car son déploiement touche directement la gestion, la formation et les conditions de travail des enseignantes et des enseignants, qui sont au cœur des revendications syndicales.
Mentionnons également le Plan Intérimaire de l’Éducation au Tchad (PIET), qui est la feuille de route stratégique du gouvernement tchadien pour le développement du système éducatif. Finalement, l’Initiative francophone pour la formation à distance des maîtres (IFADEM) et le SET collaborent pour soutenir la formation continue, la pédagogie numérique et l’accompagnement du personnel enseignant.
Au Cameroun, le Programme d’Appui à la Réforme de l’Éducation (PAREC) est l’un des fleurons de la coopération entre le Cameroun et la Banque mondiale. Il a pour objectif de favoriser l’accès équitable à une éducation de base de qualité avec un accent sur certaines zones désavantagées ciblées.
En République du Congo, les réformes en cours visent à renforcer la gratuité au niveau du primaire, les innovations numériques et l’intégration à la citoyenneté. Au Gabon, le Plan sectoriel de l’éducation intérimaire, réalisé en partenariat avec l’UNESCO et adopté en mai 2025, prévoit diverses actions jusqu’en 2030 pour améliorer la gouvernance et l’accès à l’éducation ainsi que la qualité de l’enseignement. Le gouvernement souhaite moderniser les infrastructures en procédant à la rénovation de près de 95 % des écoles communales et à l’inauguration de nouveaux collèges modernes.
En République centrafricaine, les réformes en cours sont les suivantes :
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Projet d’Appui au Plan Sectoriel de l’Éducation (PAPSE II), axé sur l’amélioration de l’éducation préscolaire, fondamentale et secondaire.
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La stratégie de Cluster Éducation, codirigée par l’UNICEF et Save the Children, est un mécanisme de coordination humanitaire interinstitutions visant à assurer une réponse éducative structurée, équitable et de qualité lors de crises humanitaires ou du déplacement de populations.
De plus, il faut mentionner la Stratégie continentale de l’éducation pour l’Afrique (CESA) initiée par l’Union africaine et qui se veut un cadre d’action jusqu’en 2035 pour améliorer la qualité et l’inclusion éducative sur tout le continent.
Les principaux enjeux en éducation
L’Afrique centrale fait face à trois enjeux majeurs en éducation. Il faut mentionner tout d’abord la pénurie d’enseignantes et d’enseignants qualifiés. On dénombre en effet plusieurs maîtres communautaires sans formation. Il faut également parler des conditions de travail et des salaires insuffisants, ce à quoi s’ajoutent des retards de paiement fréquents. Finalement, le trop grand nombre d’élèves par classe, s’élevant parfois jusqu’à 80, est une autre des causes qui démotivent le personnel enseignant.
Le financement de l’éducation
Au Tchad, le financement de l’éducation publique est relativement stable depuis quelques années et représente entre 12 et 15 % du budget global de l’État. Le niveau primaire est celui qui bénéficie le plus des investissements, qui demeurent tout de même insuffisants pour couvrir tous les besoins pour la formation et les infrastructures. En Afrique centrale, on observe dans plusieurs pays une augmentation modérée des allocations budgétaires affectées à l’éducation. Cependant, cette hausse reste fragile et dépend souvent de partenaires internationaux, tels que l’UNICEF. Cette dépendance à l’aide internationale rend vulnérables les politiques des gouvernements en éducation.
Il faut également savoir que la grande part des ressources budgétaires est dirigée vers l’enseignement primaire, au détriment des niveaux secondaire et supérieur. Ce manque de financement public a pour conséquence de pousser des familles vers le secteur privé, ce qui accentue les inégalités sociales.
Le portrait global n’est donc guère encourageant : budgets insuffisants et en deçà des recommandations internationales, infrastructures vétustes, salaires dérisoires et iniquités régionales dans le financement.
Évolution de l’enseignement privé
L’enseignement privé est en croissance principalement dans les grandes villes. Il est souvent perçu comme une alternative de qualité à l’enseignement public. Sa popularité à la hausse a pour effet de creuser les disparités socio-économiques, puisque l’enseignement privé demeure inaccessible pour les familles modestes.
Autre enjeu prioritaire
La sécurité dans les établissements scolaires est une grande préoccupation. En effet, la violence et l’insécurité nuisent à la fréquentation des écoles et affectent la qualité de l’enseignement.
Initiatives syndicales inspirantes
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Formations syndicales sur les droits des enseignantes et enseignants et la gestion des conflits.
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Développement des cercles d’études en lien avec la campagne « La force du public : Ensemble on fait école! » de l’Internationale de l’Éducation.
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Plaidoyer pour l’équité de genre à travers des actions syndicales visant à promouvoir la scolarisation des filles, lutter contre les discriminations et encourager la présence des femmes dans les instances éducatives.
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Campagnes de sensibilisation communautaire : mobilisation des parents et des leaders locaux pour soutenir la fréquentation scolaire, réduire le décrochage et valoriser l’éducation comme bien commun.
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Programmes de mentorat syndical : accompagnement des jeunes enseignantes et enseignants par des pairs expérimentés pour renforcer la professionnalisation et la solidarité
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Observatoires syndicaux de l’éducation : mise en place de cellules de suivi qui collectent des données sur les conditions de travail, les salaires et les infrastructures, afin de nourrir le dialogue social avec des preuves concrètes.
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Actions pour la santé et la sécurité scolaire : initiatives syndicales pour améliorer l’hygiène, renforcer la sécurité et prévenir la violence au sein des établissements.
Événements syndicaux à venir
La rentrée scolaire devrait être perturbée par des mobilisations nationales pour revendiquer de meilleures conditions de travail et la régularisation des enseignantes et enseignants contractuels. On prévoit également une campagne syndicale visant à obtenir une hausse du budget de l’État consacré à l’éducation publique. D’autre part, les syndicats d’Afrique centrale participeront aux rencontres régionales du Comité syndical francophone de l’éducation et de la formation pour harmoniser les revendications et renforcer la solidarité.