Un contexte social et politique en ébullition

La France traverse actuellement une forte période d’incertitude politique. Jamais la Cinquième République n’avait vu ses gouvernements durer si peu longtemps et être élus avec des majorités aussi faibles. Sans compter que l’extrême droite gagne des appuis à chaque élection alors que les adversaires de gauche et du centre sont plus divisés que jamais. Les républicains sont affaiblis, mais conservent des villes et se satellisent de plus en plus sur des idées proches du Rassemblement national (RN). En bref, un paysage atomisé où le RN (extrême droite) arrive en tête dans les sondages.

Toutefois, le contexte social se détériore. La précarité croît chez la communauté étudiante, dans les familles, et les inégalités se creusent. Le nombre d’étudiantes et d’étudiants contraints de travailler pour financer leurs études augmente encore. Les différences sociales et culturelles continuent à se détériorer entre territoires et dans les quartiers. Les coupes budgétaires des dernières années pour réduire le déficit ont fait mal. La situation s’aggrave avec l’inflation, le coût des guerres et la hausse du prix de l’essence.

État de situation du dialogue social

Le dialogue social se fait à plusieurs échelles : de la fonction publique, de la direction générale des ressources humaines, qui lie les ministères de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et du Champ jeunesse et sports, et locale. Il est encadré dans le domaine réglementaire, et se déroule dans des instances représentatives du personnel, dans le secteur public, où les organisations reconnues représentatives lors des élections professionnelles, tous les quatre ans, ont des représentants qui siègent face à l’administration ministérielle.

Ce dialogue social a fait l’objet d’avancées (création d’instances sur les conditions de travail) et de reculs (contrôle des opérations de mobilité et de carrière du personnel). Il est contraignant pour le ministère, mais l’administration ministérielle peut passer outre les opinions exprimées. Les concertations ministérielles ne sont pas de véritables négociations.

Depuis 2022, les concertations ministérielles ont un peu repris et les ministères ont semblé un peu plus à l’écoute, même si, dans la fonction publique, les propos populistes de la part des ministres pour le personnel sont devenus choses courantes. Tout cela est très précaire et le nombre de mesures passent encore sans concertation.

Réformes éducatives en cours

On assiste actuellement à la mise en œuvre d’une réforme importante de la formation des enseignants. Elle prévoit de faire passer les concours de recrutement plus tôt avec un statut d’élève fonctionnaire, puis de fonctionnaire stagiaire avec des stages de formation et en responsabilité.

Un plan de lutte contre le harcèlement demeure en processus d’implantation depuis deux ans avec le lancement de questionnaires auprès des élèves

Une réforme de la voie professionnelle se poursuit depuis plusieurs années, notamment pour revoir la fin de l’année de terminale du baccalauréat professionnel.

Le gouvernement veut également promouvoir un rapprochement encore plus grand entre l’école et l’entreprise. Cette approche suscite beaucoup de contestation en raison de plusieurs accidents et de décès d’étudiants survenus au travail ces derniers mois, sans que le gouvernement prenne des mesures de protection adéquates.

Les principaux enjeux en éducation

  • Difficulté d’exercice du métier et manque d’attractivité: les faibles taux de rémunérations par rapport à d’autres emplois posent un problème. Le manque d’attractivité se voit depuis des années, notamment à cause d’une charge de travail trop lourde. Le risque d’épuisement professionnel est plus élevé chez le personnel de l’éducation que dans d’autres professions. L’attraction et la rétention du personnel deviennent de plus en plus problématiques.

  • Mixité sociale : les établissements français et les différentes voies d’orientation sont de plus en plus ségrégués, ce qui met à mal la cohésion sociale.

  • Baisse démographique; la France perdra 1 million d’élèves dans les dix prochaines années. Cela représente un véritable big bang pour l’école. Le gouvernement y voit l’occasion de supprimer des postes plutôt que d’essayer de diminuer le nombre d’élèves par classe, d’ouvrir des postes de remplacement ou de revaloriser les métiers de l’éducation.

Le financement de l’éducation

Pour l’année 2026, l’éducation arrive en deuxième position en termes de budget, derrière les dépenses militaires. Malgré cela, les budgets demeurent insuffisants pour répondre aux besoins réels des élèves et des membres du personnel. L’austérité budgétaire règne avec des suppressions de postes, des fermetures de classe et une pression croissante sur les collectivités territoriales.

Dans de nombreuses régions et départements, les collectivités réduisent également leurs budgets de fonctionnement pour les écoles, collèges et lycées, notamment en raison de la hausse des coûts de l’énergie et de la baisse des dotations de l’État. Cela entraîne des conséquences concrètes : bâtiments dégradés, reports de travaux, baisse des financements pédagogiques, difficultés pour financer les sorties, équipements ou projets éducatifs.

Évolution de l’enseignement privé

L’enseignement privé est en légère augmentation en France avec 2 millions d’élèves inscrits, soit 17% de la clientèle étudiante. Les écoles privées sont de plus en plus ségréguées et la proportion des classes favorisées se renforce (75% des élèves en sont issues dans les écoles parisiennes et seuls 3% des milieux défavorisés). Le privé renforce ses positions dans les grandes villes et progresse dans les capitales régionales. Il est inquiétant de constater qu’avec la baisse démographique et la baisse du nombre d’élèves en France, la part du privé pourrait encore se renforcer. Notons que le privé est financé à 75% par l’état alors qu’il n’intègre pas la mixité sociale ni souvent l’inclusion.

Le Collectif pour l’école publique laïque dont font partie entre autres l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), la Fédération syndicale unitaire (FSU) et le Syndicat national unitaire des instituteurs et des professeurs des écoles. (FSU – SNUipp) met aussi en avant le problème du manque de contrôle démocratique sur l’enseignement privé sous contrat. Alors que l’argent public les soutient financièrement, ces établissements conservent des règles propres de fonctionnement, de recrutement et parfois des pratiques qui contournent l’objectif d’accueil de tous les élèves.

Initiatives et actions syndicales inspirantes

  • UNSA Éducation: La fédération a publié une tribune et une pétition sur la santé des enfants, en collaboration avec les parents d’élèves, les organisations lycéennes et les autres fédérations UNSA Santé, les syndicats infirmiers, des médecins et des assistants sociaux de l’Éducation nationale ainsi que les psychologues de l’Éducation nationale. L’objectif est de placer la santé des enfants et des adolescents au cœur des préoccupations, en s’appuyant sur un personnel éducatif proche des établissements.

  • Égalité professionnelle des femmes : La FSU est très largement intervenue dans les groupes de travail consacrés aux écarts de rémunération, aux déroulements de carrière, à la santé des femmes au travail et à l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle. Des demandes spécifiques ont été formulées concernant la prévention et du traitement des violences sexistes et sexuelles, la reconnaissance des pathologies spécifiques touchant les femmes au travail, l’amélioration des droits liés à la santé menstruelle ou reproductive, mais aussi la nécessité de produire des données sexuées plus précises dans la fonction publique.

  • Un autre grand chantier a concerné les accompagnantes des élèves en situation de handicap (AESH), dans un contexte de précarité persistante et de dégradation des conditions de travail. La FSU a porté des revendications pour la création d’un véritable statut de la fonction publique, une revalorisation salariale significative, l’accès à un temps complet et de meilleures conditions d’accompagnement des élèves en situation de handicap. Les interventions ont également porté sur la multiplication des tâches, le manque de formation, l’insuffisance du temps de concertation avec les équipes pédagogiques et les effets des dispositifs de mutualisation qui dégradent à la fois les conditions de travail des AESH et la qualité de l’accompagnement des élèves.

  • En intersyndicale, les syndicats progressistes ont porté le projet d’une éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) dès l’école maternelle et jusqu’au lycée. Ce programme constitue un progrès majeur dans l’éducation des jeunes et entre maintenant en application. C’est un programme ambitieux qui développe une réflexion adaptée à l’âge des enfants sur le rapport à son corps et aux autres, sur le principe du consentement, du respect et de l’estime de soi.

Événements importants à venir

Les assises du financement de l’université se réuniront au cours du dernier trimestre de l’année universitaire. Le gouvernement a relancé l’idée d’accroître les frais d’inscriptions pour les étudiants extracommunautaires.

En décembre 2026 se dérouleront les élections professionnelles dans toute la fonction publique. Cela constitue une étape importante qui détermine les moyens accordés à chaque organisation syndicale. Les enjeux éducatifs s’inscriront aussi dans le calendrier électoral du pays, avec les élections présidentielles de 2027 et législatives qui suivront très certainement. Au cours de la prochaine année, les débats politiques sur l’école risquent fortement d’être influencés par le programme de l’extrême droite, qui pour l’instant, fixe largement le tempo et les sujets face à un gouvernement souvent complaisant.