Un contexte politique et social tendu

Depuis septembre 2025, le contexte politique et social québécois est de plus en plus tendu. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) termine son mandat dans un climat de perte de confiance, marqué par plusieurs changements ministériels, une montée de l’insatisfaction dans les services publics et une précampagne électorale déjà amorcée en vue des élections d’octobre 2026.

Le gouvernement adopte une approche plus centralisée et autoritaire dans plusieurs dossiers, appuyée par un discours axé sur la « loi et l’ordre » ainsi que le contrôle de l’immigration et des dépenses publiques. Cette approche se reflète particulièrement dans les réseaux de l’éducation et de l’enseignement supérieur.

Le projet de loi no 3 sur la transparence et la gouvernance syndicale est devenu un symbole important de cette dérive. L’ensemble des grandes centrales syndicales québécoises ont dénoncé une attaque directe contre l’autonomie syndicale, le droit de grève et les droits collectifs.

Les neuf plus grandes organisations syndicales du Québec, dont la CSQ, ont d’ailleurs déposé une plainte devant le Comité de la liberté syndicale de l’Organisation internationale du travail (OIT) contre cette loi.

Dans le réseau scolaire, collégial et universitaire, les tensions sont aussi alimentées par :

  • les compressions budgétaires;
  • la détérioration du climat scolaire;
  • la montée de la violence dans les établissements;
  • la pénurie persistante de personnel;
  • la surcharge de travail;
  • le sentiment d’improvisation gouvernementale face aux crises.

Dans l’enseignement supérieur, la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) souligne une tendance croissante à la gestion technocratique des établissements et à une logique de performance qui éloigne les décisions des réalités pédagogiques. De son côté, la CSQ insiste sur l’épuisement du personnel enseignant collégial et sur la pression grandissante liée à la réussite, à la surcharge administrative et aux transformations rapides du réseau.

Dégradation du dialogue social

Le dialogue social s’est nettement dégradé au Québec au cours de la dernière année.

Les organisations syndicales dénoncent des consultations superficielles et une centralisation accrue des décisions au ministère de l’Éducation et au ministère de l’Enseignement supérieur. En effet, plusieurs orientations importantes sont annoncées malgré les représentations faites par les partenaires du milieu.

Les syndicats ont le sentiment que les espaces de concertation servent davantage à informer qu’à coconstruire les politiques publiques.

En ce qui concerne les cégeps, les organisations syndicales constatent également une augmentation des ordonnances administratives descendantes et un manque de reconnaissance de l’expertise pédagogique du personnel enseignant. Plusieurs questions liées à la tâche, à la réussite étudiante et à l’intégration de nouvelles obligations institutionnelles sont examinées sans réelle consultation du personnel.

Dans les universités, la FNEEQ-CSN et la CSQ soulignent un affaiblissement des mécanismes collégiaux et une augmentation des actions entreprises sans réelle participation des communautés enseignantes. Les enjeux de liberté académique, de gouvernance universitaire et d’autonomie professionnelle prennent une place considérable dans les débats syndicaux.

Des réformes sans vision globale

Les réformes mises en place au Québec au cours de la dernière année ont surtout pour but de répondre à des crises structurelles plutôt que de proposer une vision globale de transformation du système éducatif.

Parmi les principaux changements et orientations :

  • poursuite de la centralisation du réseau scolaire autour du ministère et des centres de services scolaires;

  • nouvelles orientations budgétaires donnant davantage de flexibilité administrative, mais sans garanties minimales de services aux élèves;

  • recours accru au personnel non légalement qualifié pour répondre à la pénurie;

  • multiplication des voies accélérées (formation écourtée) vers la profession enseignante;

  • nouvelles mesures disciplinaires et de civisme à l’école;

  • débats croissants sur l’encadrement de l’intelligence artificielle, mais pas d’orientations précises formulées par les ministères;

  • préoccupations autour de la réussite « à tout prix » et de la diplomation d’élèves sans les acquis nécessaires;

  • débats sur la liberté académique et l’autonomie professionnelle en enseignement supérieur.

Dans les collèges, la CSQ et la FNEEQ-CSN ont particulièrement soulevé :

  • les impacts de la surcharge de travail;

  • les enjeux liés à la réussite étudiante et à la santé mentale;

  • l’augmentation des responsabilités administratives;

  • la difficulté d’assurer un accompagnement adéquat des étudiantes et des étudiants;

  • les défis liés à l’intégration rapide de l’intelligence artificielle (IA) dans les pratiques pédagogiques.

  • le soutien à la recherche pour les professeurs au collégial;

  • les inquiétudes face à l’étalement des heures de cours en soirée.

Dans les universités, la FNEEQ-CSN et la CSQ ont mis en lumière :

  • les risques liés à l’utilisation de l’IA générative;
  • la question de protection de la propriété intellectuelle du personnel enseignant;
  • la transformation rapide des méthodes d’évaluation;
  • les effets délétères des restrictions en matière d’accueil des étudiantes et étudiants internationaux;
  • les impacts de l’austérité et de la précarité dans l’enseignement supérieur.

Les organisations syndicales déplorent surtout l’absence de vision cohérente à long terme. Plusieurs décisions sont perçues comme improvisées et guidées par des impératifs budgétaires plutôt que pédagogiques.

Les principaux enjeux en éducation

    1. Les compressions budgétaires et le bris de service

Le principal enjeu demeure le sous-financement chronique du réseau public. Malgré les annonces gouvernementales, les écoles, collèges et universités vivent des compressions importantes qui affectent directement les services aux élèves et aux étudiantes et étudiants.

Plusieurs établissements ont dû réduire ou réorganiser :

  • les services professionnels;
  • le soutien aux élèves en difficulté;
  • les ressources spécialisées;
  • les services aux étudiantes et aux étudiants;
  • les services de soutien administratif et technique.

Dans l’enseignement supérieur, la CSQ et la FNEEQ-CSN dénoncent une logique d’austérité permanente qui accentue la précarité du personnel ainsi que des chargés de cours, et qui limite la capacité des établissements à répondre aux besoins croissants de la population étudiante. Les syndicats soulignent que les compressions accentuent :

  • la taille des groupes;
  • la surcharge de travail du personnel;
  • le manque de disponibilité pour l’encadrement étudiant;
  • la détérioration des conditions d’enseignement et d’apprentissage.
    1. La pénurie de personnel

La pénurie demeure généralisée dans tout le réseau :

  • personnel enseignant, professionnel et de soutien;
  • services spécialisés;
  • enseignement supérieur.

Cette situation provoque :

  • une surcharge de travail;
  • de l’épuisement professionnel;
  • une hausse des départs;
  • des difficultés d’attraction et de rétention;
  • un recours accru à du personnel non qualifié;
  • une plus grande précarité.

Dans les collèges, la CSQ rapporte que plusieurs départements peinent à recruter dans certains secteurs spécialisés et que l’alourdissement de la tâche réduit l’attractivité de la profession.

Pour ce qui est des universités, la FNEEQ-CSN mentionne que la précarisation du travail enseignant est structurelle et touche particulièrement les personnes chargées de cours, ce qui a des effets démontrés sur la santé psychologique au travail.

Les syndicats considèrent que cette crise est directement liée aux conditions de travail, à la surcharge de travail et au manque de reconnaissance professionnelle.

    1. La violence et la dégradation du climat scolaire1

La violence dans les écoles est devenue un problème majeur au Québec.

Le personnel rapporte :

  • une hausse des agressions verbales et physiques;
  • des comportements perturbateurs plus fréquents;
  • une détérioration du climat de travail;
  • une augmentation des arrêts de travail liés à la santé psychologique;
  • des besoins accrus d’accompagnement psychosocial.

Les organisations syndicales parlent désormais d’un véritable enjeu de santé publique et de santé au travail.

    1. Intelligence artificielle et absence d’encadrement

L’intelligence artificielle transforme rapidement les pratiques pédagogiques et les méthodes d’évaluation, mais les balises gouvernementales demeurent très limitées.

Les principaux questionnements portent sur :

  • l’intégrité académique;
  • la formation du personnel;
  • la protection des données;
  • la charge de travail;
  • les inégalités d’accès aux outils numériques;
  • le respect de la liberté pédagogique et académique.

Les organisations syndicales réclament davantage de formation et de balises institutionnelles ainsi qu’une réflexion pédagogique collective afin d’éviter que l’IA ne soit implantée sans débat réel, sous prétexte d’impératifs économiques ou administratifs.

    1. Liberté académique et autonomie professionnelle

Dans les cégeps et les universités, plusieurs débats portent désormais sur :

  • la liberté académique;
  • la gouvernance universitaire;
  • les pressions politiques et économiques;
  • la gestion de la recherche;
  • l’autonomie professionnelle du personnel enseignant.

La CSQ et la FNEEQ-CSN défendent l’autonomie pédagogique du personnel enseignant collégial, particulièrement dans un contexte où les exigences administratives et les indicateurs de performance prennent de plus en plus de place.

Elles considèrent également que la protection de la liberté académique devient un enjeu démocratique central alors que la polarisation politique et la marchandisation du savoir s’accentuent.

Situation préoccupante du financement de l’éducation publique

Même si les dépenses globales en éducation ont augmenté ces dernières années, les organisations syndicales rappellent que cette hausse est largement absorbée par :

  • l’inflation;
  • la croissance démographique;
  • les besoins croissants des élèves ainsi que des étudiantes et étudiants;
  • les coûts liés aux conventions collectives.

En dollars constants, plusieurs analyses démontrent une diminution du financement réel par élève et par étudiante et étudiant.

Les réseaux scolaires, collégiaux et universitaires dénoncent surtout :

  • le manque de stabilité budgétaire;
  • les compressions récurrentes;
  • l’improvisation gouvernementale;
  • les impacts directs sur les services.

Dans le secteur de l’enseignement supérieur, les collèges font face à un sous-financement chronique qui affecte directement la réussite éducative, la capacité d’encadrement et la qualité des conditions d’enseignement, mais qui occasionne aussi une détérioration importante des infrastructures. Par ailleurs, le financement par projet et la dépendance accrue envers les partenariats privés modifient progressivement la mission publique des établissements.

Évolution de l’enseignement privé

Plusieurs organisations syndicales réclament une réflexion globale sur la mixité scolaire et la place du privé dans le système éducatif québécois. Elles soulèvent aussi des préoccupations quant à la marchandisation croissante de la formation, à la concurrence entre établissements et au développement de modèles de gestion inspirés du secteur privé.

Autre enjeu prioritaire

Le Québec vit actuellement une importante remise en question quant à l’avenir du système éducatif et du syndicalisme.

Les organisations syndicales insistent de plus en plus sur :

  • la nécessité d’une grande réflexion nationale sur l’éducation;
  • la revitalisation démocratique;
  • la transition écologique;
  • la lutte contre les inégalités;
  • la défense des services publics.

La CSQ met également de l’avant les questions liées à la réussite éducative alors que la détresse psychologique ne cesse de croître chez les étudiantes et les étudiants du collégial et que les pratiques pédagogiques se transforment rapidement.

La FNEEQ-CSN insiste sur la nécessité de défendre la vocation démocratique de l’enseignement supérieur comme lieu de production critique du savoir, particulièrement dans un contexte de montée des discours populistes et de remise en question des expertises scientifiques.

Initiatives ou actions syndicales inspirantes

Deux grandes initiatives syndicales marquent particulièrement l’année :

Les États généraux du syndicalisme et le Grand rendez-vous citoyen sur l’éducation.

De son côté, le mouvement « Debout pour l’école » mobilise la population pour lancer une grande réflexion collective sur l’avenir de l’éducation au Québec. Cet effort rejoint l’initiative de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) d’organiser le Grand rendez-vous citoyen sur l’éducation.

Cette démarche vise à :

  • redéfinir une vision commune du système éducatif;
  • rassembler les différents acteurs du milieu;
  • réfléchir aux transformations nécessaires;
  • défendre une école publique plus juste, inclusive et équitable.

Les États généraux du syndicalisme, portés par plusieurs organisations syndicales québécoises, participent aussi à cette réflexion plus large sur :

  • la démocratie;
  • la mobilisation;
  • la participation citoyenne;
  • l’avenir de l’action collective.

La mobilisation contre le projet de loi no 3

L’alliance contre le projet de loi no 3 (Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail) constitue un élément marquant en raison du fait que cette loi s’ingère directement dans les affaires syndicales. Les grandes centrales syndicales québécoises, incluant la CSQ et la CSN, ont mené une campagne commune pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une attaque contre les droits des travailleuses et des travailleurs et le dialogue social.

Événements importants à venir

L’année à venir sera marquée par :

  • la préparation politique et syndicale des élections québécoises d’octobre 2026;
  • la poursuite des mobilisations contre les compressions et les attaques antisyndicales;
  • le Grand rendez-vous citoyen sur l’éducation (juin 2026);
  • le début des travaux stratégiques menant à la prochaine négociation collective du secteur public prévue en 2028.