• 7 juin 2017
  • Congo RDC
Augustin

La situation des syndicats de l’éducation en Afrique centrale

Dans la région de l’Afrique centrale, caractérisée par des violations massives des droits de l’homme, des guerres, pays post-conflit et en conflits, sans compter les glissements enregistrés à la fin des mandats des chefs d’Etats, les droits dans le secteur de l’éducation ne sont pas tous respectés. Ce qui n’a pas garanti la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), pas non plus les objectifs pour le développement durable (ODD) en éducation.

Il existe une idéologie en développement au niveau de la Banque Mondiale dont la théorie est reprise dans son programme phare. Les grandes lignes de ce programme sont contenues dans son document « SABER Teaching » qui affirme ce qui suit :

Rien ne démontre clairement que (et le cas échéant, comment) les gouvernements doivent s’engager aux côtés des organisations d’enseignants ;

Les données qui établissent une corrélation entre les organisations d’enseignants et les résultats des élèves sont contestées ;

A l’heure actuelle, rien ne justifie pleinement d’engager un débat constructif et fondé sur le rôle des syndicats d’enseignants dans l’éducation

Le bafouement cynique des droits syndicaux par nos gouvernements ainsi que la précarité de la profession enseignante sont le fruit notamment, de cette idéologie de la Banque Mondiale.

Pour l’Afrique centrale, depuis la réunion du bureau d’Antananarivo, la région est amputée de deux de ses pays membres (le Rwanda et le Burundi). Six pays seulement font partie de la région : le Gabon, le Tchad, le Cameroun, la RCA, le Congo et la RDC.

Nous présentons en résumé la situation de quatre pays ci-dessous :

  • Gabon

L’année scolaire au Gabon a été marquée par une longue grève des enseignants qui a été déclenchée au moins d’octobre 2016 et qui s’est terminée en mai 2017.

Les enseignants gabonais, à travers notamment le Syndicat de l’Éducation Nationale (SENA) avaient conditionné la rentrée scolaire 2016-2017 prévue pour le 31 octobre 2016 par l’amélioration des conditions de vie et de travail lors d’une séance de travail avec le gouvernement. Les priorités des revendications sont reprises dans les 8 points ci-après:

  • Les effectifs pléthoriques (salles de classe surchargées jusqu’à 150 élèves/classe en moyenne) ;
  • Le manque de structures d’accueil des élèves admis en sixième ;
  • Le manque de table-bancs dans les salles de classe ;
  • Le recrutement et la formation des enseignants (manque d’enseignants au secondaire surtout dans les matières scientifiques) ;
  • La suppression de l’approche par les compétences de base comme approche pédagogique dans les établissements du premier et du second degré (méthode en vigueur mais non appliquée depuis quatre ans) ;
  • La prise d’un texte réglementaire fixant la journée du 23 mars comme journée nationale de l’enseignant ;
  • La mise en place des commissions paritaires au Ministère de l’Education Nationale ;
  • Le payement des primes (prime pour la participation aux examens : BAC, BEP, ENI… ; prime d’incitation à la performance PIP…).

Pendant que le SENA était en négociation pour trouver des voies et moyens de sortie de crise pour une grève qui s’enlisait, le gouvernement a suspendu les salaires de 807 enseignants et a proposé à la radiation 19 autres au seul motif qu’ils sont en grève, ce qui a radicalisé le mouvement.

D’autre part, la Coalition des syndicats de l’éducation nationale (CONASYSED) a été suspendue de toute activité syndicale en tant qu’organisation de fait, regroupant toutes les autres organisations syndicales en dehors du SENA.

Aujourd’hui, on est en voie de sortie de crise, non seulement parce que les enseignants manifestent une certaine lassitude, mais aussi de par l’implication de plusieurs partenaires du secteur de l’éducation () ainsi que la solution trouvée quant au paiement des primes, alors que les autres points demeurent sans solution définitive.

  • Centrafrique

La République centrafricaine est en crise depuis fin 2012, lorsque les rebelles majoritairement musulmans de la Séléka ont lancé une campagne militaire contre le gouvernement. La Séléka s’est emparée de la capitale, Bangui, en mars 2013, ouvrant une période marquée par des violations généralisées des droits humains. Vers le milieu de l’année 2013, des milices chrétiennes et animistes appelées anti-balaka se sont organisées pour combattre la Séléka. Les anti-balaka ont eux aussi commis des abus à grande échelle, en particulier dans les régions de l’est du pays.

A la une, c’est le rapport de Human Rights Watch publié récemment sur les groupes armés qui sévissent en République centrafricaine qui ont occupé, pillé et endommagé des écoles, empêchant les enfants de recevoir une éducation. Il s’agit des groupes armés, et parfois même des militaires de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, la MINUSCA, qui ont utilisé des bâtiments scolaires comme bases ou comme baraquements, ou ont stationné leurs forces à proximité.

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU a estimé en novembre 2016 que 2 336 écoles étaient opérationnelles dans tout le pays, mais qu’au moins 461 ne l’étaient pas. Les principales raisons pour lesquelles des écoles sont fermées, selon l’ONU, sont l’insécurité, la pénurie d’enseignants, les déplacements causés par les combats, les destructions de biens et matériels scolaires ou l’occupation d’écoles par des groupes armés.

L’utilisation d’écoles par des forces armées détériore, endommage et détruit une infrastructure scolaire déjà insuffisante et de piètre qualité en République centrafricaine. Les combattants qui occupent des écoles en brûlent souvent le mobilier et les livres pour faire leur cuisine.

  • Cameroun

A Yaoundé, les jeunes enseignants n’ont pas de salaires depuis qu’ils sont sortis de l’école normale ; depuis, ils ont refusé de suivre les syndiats pour débloquer leur situation et ne veulent rien devoir aux syndicats, ils ne cotisent pas.

Ainsi ? ils ont organisé une grève qui a provoqué une réunion regroupant ces enseignants et les ministres des finances, de la fonction publique et des Enseignements secondaires qui a abouti à la résolution de payer les salaires à la fin de ce mois. L’histoire c’est justement que ces jeunes grévistes évitent les syndicats parce qu’ils estiment que ces derniers sont politisés

  • République démocratique du Congo

Le pays traverse une situation unique en son genre sur tous les plans : dévaluation monétaire, sans budget, manifestations politiques, grèves, violations flagrantes des droits de l’homme, insécurité,… Dans un tel contexte, même les droits à l’éducation et les droits syndicaux ne sauraient être garantis. Ainsi, les mêmes révendications reviennent toujours et encore dans le cahier de charges et ne trouvent pas encore de début de solution pour ce qui concerne le secteur de l’éducation ; au contraire, une forte pression est exercée sur certains syndicats par la révocation de leurs responsables et privation des subventions dues par l’Etat à ces organisations dont la FENECO/UNTC. L’éducation publique n’est pas gratuite, la marchandisation de l’éducation se porte à merveille tant dans le secteur public que dans le secteur privé, plusieurs enfants sont en dehors du système, plusieurs écoles n’ont pas repris les activités après les vacances de pâques à cause de l’insécurité dans certains coins du pays. Les salaires des enseignants ont perdu de pouvoir d’achat et c’est les menages qui vont en pâtir.

Le deuxième dialogue tant attendu pour garantir la paix avant, pendant et après les élections politiques, s’est soldé en un échec cuisant et un troisième est organisé sous la facilitation de la communauté internationale via la MONUSCO (ONU) ou la SADC.

 

 

 


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