• 30 novembre 2016
  • Antananarivo, Madagascar
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Table ronde 2 : Quels financements pour les ODD ?

Marchandisation et privatisation de l’enseignement : vers des « écoles-boutiques » ?

 d’après les échanges de la table ronde du 15 novembre 2016 de la XVème rencontre du CSFEF, Antananarivo.

L’atteinte de l’objectif 4 des ODD représente, pour les pays d’Afrique francophone, un saut qualitatif et quantitatif considérable. Si des gains en efficacité, tant au niveau de la gouvernance que des pratiques pédagogiques, peuvent être envisagés, de nombreuses réformes vont nécessiter des moyens financiers colossaux. Dans l’état actuel des choses, ces besoins dépassent les capacités d’action des États. Faut-il agir nationalement, internationalement? Comment trouver les fonds nécessaires? Le secteur privé peut-il être une solution?

Au cours de cette table ronde, quatre panélistes ont eu à répondre à la question suivante :

Quels financements pour l’atteinte des ODD? La place des secteurs public et privé?

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Duncan SMITH, coordonnateur sénior à l’IE, rappelle que celle-ci ne s’oppose pas au secteur privé en tant que tel (et peut, par exemple, accepter que le marché joue un rôle dans l’éducation, par les manuels scolaires, les équipements …) mais qu’elle s’oppose à une commercialisation qui ne profite pas au public et qui conduit à un enseignement de qualité médiocre, qui accentue les inégalités. Récemment certains pays en développement ont été tentés par la privatisation d’une partie de l’enseignement, en particulier dans des pays de tradition anglophone (Kenya, Sierra Leone, Ouganda). Mais le combat syndical a pu faire reculer certains gouvernements : par exemple en Ouganda, Bridge International Academy n’a pu s’implanter et les organisations syndicales sont parvenues à faire inscrire dans la Constitution du pays le caractère illégal de la commercialisation de l’enseignement. L’Uruguay et l’Australie ont aussi « re-nationalisé » certains services éducatifs. Enfin, il existe une divergence de vue entre l’IE et l’UNICEF, cette dernière étant souvent plus préoccupée du nombre d’enfants scolarisés que de la qualité de l’enseignement et ne s’opposant pas à la privatisation.

Pour consulter sa présentation : Campagne de l’IE contre la marchandisation de l’éducation

 

Philippe LEOLYMPUS DIGITAL CAMERAGRAND, du SNEIP-CGT, enseignant dans un lycée privé sous contrat de l’académie de Nantes, présente le système de l’enseignement privé en France, en grande partie financé par l’État. Cet enseignement est largement sous l’influence des organisations catholiques et les évêchés jouent un rôle dominant dans le recrutement des personnels et la nomination des chefs d’établissement. Les très nombreux contractuels sont dépendants de ces organisations et la CGT demande la nationalisation de l’enseignement privé sous contrat, avec le passage au statut de fonctionnaire pour tous les personnels.

Pour consulter sa présentation : Le système d’éducation privé en France

 

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERAFara ADRIANANTOADRO, directrice de l’Office National de  l’Enseignement Privé (ONEP) au ministère de l’Éducation nationale de Madagascar, expose des données chiffrées qui montrent le poids grandissant du secteur privé à Madagascar, au fur et à mesure que l’on s’élève dans le niveau de classe : le privé ne représente que 18 % des élèves scolarisés au primaire, mais déjà 42 % au collège et plus de 50 % au lycée. Le privé est essentiellement confessionnel ( catholique, protestant, adventiste…) mais aussi laïque. Certains établissements du primaire sont plutôt à vocation sociale avec des droits d’écolage assez faibles, mais ils sont alors dans de sérieuses difficultés financières et l’ONEP entend améliorer la formation de leurs enseignants et leur dotation en matériel.

Pour consulter sa présentation : Établissements privés et éducation à Madagascar

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPaul GNELOU, président de l’IE section Côte d’Ivoire, présente le résultat d’une enquête de l’IE sur la privatisation de l’enseignement dans son pays. Les politiques d’ajustement structurel commencées dans les années 80 puis la situation politique instable des années 2000 ont eu des effets très négatifs sur le système public d’enseignement en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui on estime à un million et demi le nombre d’enfants de 6 à 15 ans non scolarisés, de plus le taux de déscolarisation après quelques années d’école primaire est élevé : plus de la moitié des enfants n’achève pas la scolarité obligatoire. Dans le contexte de désengagement de l’État, le secteur privé s’est taillé la part belle, en particulier dans le second degré où il scolarise 49 % des collégiens et 55 % des lycéens… et 84 % du secteur professionnel est laissé au privé. Si ce secteur était autrefois essentiellement confessionnel, on assiste aujourd’hui à l’explosion du secteur purement marchand : des « écoles-boutiques » naissent à chaque coin de rue, sans réglementation et sans but autre que lucratif.

Pour consulter sa présentation : Exemple d’une recherche soutenue par l’IE

 

 

Les débats qui suivent ces interventions sont tournés vers la qualité réelle ou supposée du privé, l’argument de la qualité étant souvent avancé par les familles des pays en développement pour scolariser les enfants dans ce secteur. Les écoles « communautaires » suppléent aussi aux manquements de l’État. Les autorisations d’ouverture sont souvent accordées de façon laxiste par les autorités, sans surveillance effective de la qualité des enseignants ni du respect des programmes. Enfin, ce sont souvent les mêmes responsables politiques qui décident du financement public des écoles privées, de leur autorisation d’ouverture… et qui les construisent comme investisseurs privés.

 

 

 

 


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